20Nov
Ça roule avec Jeffrey Whaley
Originaire de Montréal, Jeffrey Whaley est un athlète de BMX Freestyle et un fier ambassadeur au Centre national de cyclisme de Bromont (CNCB). Lorsqu'on le rencontre, impossible de ne pas ressentir l’énergie brute qui l’anime. Premier Olympien canadien en BMX Freestyle, Jeffrey partage sans détour les réalités de ce sport spectaculaire, la passion, la persévérance, mais aussi les chutes, physiques et mentales, qui forgent les plus grands. Entre deux sessions au parc et son implication au CNCB, il revient sur son parcours, ses apprentissages et donnes quelques conseils à ceux qui rêvent, eux aussi, de vivre du BMX.
Comment as-tu tombé dans la marmite du vélo?
J’ai commencé le BMX de manière assez anodine. J’ai toujours fait du sport dans ma jeunesse, plus précisément du skateboard. À l’âge de 15 ans, mes amis se sont tous acheté un BMX; j’étais devenu le seul à avoir un skate. J’ai pris leur vélo pour essayer et c’est comme ça que je suis tombé là-dedans. J’ai ramassé mes sous à ma fête de mes 15 ans et avec mon travail du moment, je me suis aussi acheté un BMX.
Qu’est-ce que tu trouves d’unique au CNCB?
Je viens d’un sport d’action où j’ai l’habitude de côtoyer des skaters, des rollerbladers, des trottinettes, etc., donc peu de cyclistes. C’est cool de pouvoir venir ici et de voir plein de gens qui ont une passion pour le vélo. Il y a plein de gens qui viennent nous voir rouler. Je vaisvoir les autresrouler aussi, que ce soit sur la piste, en BMX Race ou en vélo de montagne. C’est cool d’avoir un hub qui rassemble tous les gens qui aiment le vélo.
C’est quoi ton moment préféré durant une compétition?
Après les qualifications! C’est un moment vraiment stressant, car c’est là que tu sais si tu t'es qualifié ou non. Ce sont toujours deux lignes [de qualifications], et les deux lignes comptent, donc tu n’as pas de place à l’erreur. C’est plate de se déplacer à l’autre bout du monde et de ne pas se qualifier dû à une erreur minime. C’est souvent un soulagement de terminer les qualifications. C’est mon moment préféré, parce qu’après ça, on peut vraiment avoir du fun et donner tout ce qu’on a.
As-tu une anecdote drôle qui t’es arrivé dans ton sport?
J’ai beaucoup d’anecdotes. Celle qui me vient en tête est arrivée en compétition, c’est directement avant les Jeux de Paris. Durant l’échauffement avant les qualifications, à mon deuxième passage , j’ai eu une grosse collision avec l’Argentin Jose Torres. La roue de mon vélo a brisé, donc j’ai du réparé mon vélo pendant la période d'échauffement. Le temps que je revienne, c'était déjà l'heure de la compétition et j'étais le deuxième à me lancer. Je n'ai eu donc aucun échauffement avant les Jeux, c’était assez stressant. Comme anecdote, celle-là, elle est dure à battre.
Quelle erreur t’a beaucoup appris dans ta carrière?
J’ai fait beaucoup d’erreurs dans ma carrière. Je pense qu’on apprend beaucoup de ses erreurs, mais ça fait aussi partie de l’athlète que tu deviens. Celle que je fais souvent et que j’essaie de ne pas répéter, c’est de revenir trop tôt après des blessures. Souvent, on sent qu’on manque beaucoup de chose quand on se blesse. Ça semble la fin du monde, mais parfois ça empire les choses [de revenir trop tôt]. Il y a deux ans, je me suis blessé à l’épaule, je suis retourné [rouler] un peu trop vite et je me suis reblessé. J’ai dû manquer une Coupe du monde, et à cause que j’ai manqué cette Coupe du monde là, j’ai failli manquer les Championnats du monde, qui d’ailleurs mon fait qualifier aux Jeux olympiques.
Tu parles de tes blessures, la plus médiatisée a été le déchirement de ton biceps juste avant les JO. Peux-tu m’expliquer comment tu es passé à travers ce défi?
Je me suis déchiré la coiffe des rotateurs et le labrum au biceps. C'était extrêmement difficile, car je me suis fait opérer six semaines avant les Jeux olympiques. Habituellement, on parle d'une réhabilitation de six mois, mais j'ai dû condenser ça en quatre semaines. C'était extrêmement difficile, surtout mentalement, et l'équipe de physiothérapeutes [de Next Gen, à Montréal] avec qui je travaille, m'a sauvé la vie. [...] J'ai tout fait ce que je pouvais; la physio 7 jours sur 7, 24h sur 24. Honnêtement, je n'arrive pas trop à expliquer comment j’ai passé par-dessus. Je pense que c’est vraiment la volonté de vouloir participer aux Jeux qui m’a motivé.
C’est quoi ton petit rituel avant une grosse compétition ou un entraînement?
Mon rituel que je fais tous les jours avant de m’entraîner, c’est sûr que c’est de m’échauffer. Quand je sais que je vais avoir une grosse compétition, quelque chose d’important, je mets souvent mes écouteurs et je rentre dans ma bulle. Je mets de la musique qui me motive, qui me fait sentir bien, pour déstresser et me ramener dans ma zone. J’ai toujours mes échauffements d’élastiques et d’étirements avant de rouler, et mettre de la musique c’est ce qui m’aide à me calmer et me recentrer.
C’est quoi ta chanson de prédilection avant un entrainement?
La musique que j’écoute beaucoup avant de rouler, c’est vraiment du Rap, plus précisément du Drake. Du Drake*,* ça joue beaucoup dans mes oreilles. C’est souvent de la musique qui me motive.
C’est quoi ta collation préférée avant ou après une compétition?
Ma collation avant ou après rider, si je peux mettre du sirop d’érable, habituellement je l’aime pas mal. Aux Championnats du monde, j’ai gouté à un nouveau gel au sirop d’érable et je pense que celui-là, ça va être mon nouveau go-to, c’est sûr.
Selon toi, c’est quoi ton rôle en tant qu’ambassadeur au CNCB?
C’est de montrer la multitude de plateaux sportifs du centre. Que ce soit du BMX Freestyle ou de Race, les Dirt Jumps à l’extérieur et la piste à l’intérieur, c’est un centre vraiment unique au Québec et même en Amérique du Nord. Je pense que d’en faire la promotion, c’est vraiment ça mon rôle en tant qu’ambassadeur, et si je peux en motiver quelques-uns en même temps à faire du vélo, ça va me faire plaisir.
As-tu essayé les installations du centre?
J’ai presque tout essayé, il me reste juste la piste. Je dois faire la formation. Ils ne veulent pas me laisser rentrer avec mon BMX sur la piste, donc je n’ai pas pu l’essayer, mais la piste, c’est mon prochain plateau à essayer.
Quel est ton message à ceux qui hésitent à essayer une discipline?
Pourquoi pas? Tu ne sais jamais où ça peut te mener. Peut-être que ce n’est pas nécessairement pour faire des compétitions ou te rendre à un niveau compétitif, mais tout simplement te faire rencontrer une nouvelle communauté et des personnes importantes dans ta vie. Peut-être même que ça va être une nouvelle passion qui va te faire vivre des expériences inoubliables. Moi, le BMX, c’est un peu anodin, je ne pensais pas faire ça. J’aimais tellement le skate quand j’étais jeune, et je suis juste tombé là dedans un peu par hasard, et ça m’a amené à vivre des expériences que je vais amener avec moi tout au long de ma vie.
Tu te vois où dans 5 ans côté vélo?
Dans 5 ans, je me vois encore rouler, c’est sûr. Le BMX, c’est ma passion, ça ne changera pas, ça fait partie de ma vie depuis tellement longtemps, et j’espère que je vais encore pouvoir rouler dans 5 ans, c’est mon objectif. Mais aussi, d’essayer d'aider les jeunes et de monter une communauté ici au Québec avec le centre, surtout qu'on a un très beau plateau ici de BMX Freestyle.
C’est quoi ton tricks préféré?
Un de mes tricks signature, c’est un Flip Double Whip, donc un backflip avec deux rotations complètes du cadre du vélo. C’est pas mal mon go-to gros tricks que je vais faire en qualification. Sinon, un 720, qui est une double rotation, j’aime beaucoup ça. Sinon, si j’essaie de garder ça plus classique, un No-Foot-Can, qui est un truc plus basic où je lance mes pieds sur le côté. C’est plus un trick esthétique.
Qu’est que tu aimes le plus de vivre de ton sport?
La liberté quetout ça apporte. J’ai la chance de faire du BMX et de me lever tous les jours, même si c’est pas toujours facile. Il y a des embûches et des défis à surmonter assez souvent en tant qu’athlète. Je pense que la liberté de faire du vélo et de m’entrainer chaque jour, je n’aurais pas pu rêver mieux. C’est sûr que de voyager partout à travers le monde à cause de mon petit BMX, je trouve que c’est vraiment cool.
Veux-tu m’en dire plus sur BMX Spectacle?
BMX Spectacle, c’est ma compagnie de spectacle de BMX au Québec avec mes coéquipiers Kevin Fabregue et Maxime Chalifour, qui sont deux athlètes aussi québécois sur le circuit des Coupes du monde. C’est une compagnie dans laquelle on se déplace dans plein d’événements ici au Québec. Que ce soit les écoles, les festivals, la mi-temps des Alouettes de Montréal, on amène des rampes amovibles et on fait des démonstrations et promouvoir notre vie d’athlète de BMX Freestyle.
C’est où ta place préféré dans le monde où faire du BMX?
Ma place préférée dans tout le monde, juste parce que je ne suis pas un adepte de la neige, c’est un endroit au Costa Rica, à Saint Jose, Jacó plus précisément. Il y a un nouveau centre d’entrainement, le Bac Park 10cio, qu’un de mes amis, Kenneth Tencio, a bâti. C’est un immense centre de BMX Freestyle et, en plus, il y a la plage à 5 minutes à pied.
Qu’est que tu aimerais dire à un jeune qui aspire à suivre tes pas?
Que ce soit pour le BMX ou n’importe quel autre sport, fais le parce que tu aimes ça. Une vie d’athlète, ça l’air beau sur les réseaux sociaux, mais il y a plein de défis. Si tu n’aimes pas ça, ça va être extrêmement difficile. Le faire par passion, si tu aimes vraiment ça, tu vas être capable de surmonter n’importe quels défis.
Jeffrey Whaley ne roule pas seulement pour les médailles. Il roule pour le plaisir, pour le progrès, et pour inspirer la prochaine génération à croire en leurs propres lignes, qu’elles soient tracées sur le béton ou dans la vie. Son engagement au CNCB en est la preuve : partager, transmettre et bâtir autour d’un sport encore jeune, mais bouillonnant.
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