23Déc

Ça roule avec Rémi Lemieux

Rémi Lemieux, athlète professionnel de BMX Race, roule depuis l’âge de cinq ans et porte aujourd’hui fièrement le rôle d’ambassadeur du sport au CNCB. Originaire de Granby, il a grandi sur cette piste qui l’a vu évoluer, chuter, rebondir et devenir l’un des modèles les plus proches et accessibles pour la relève de la région. Dans cette entrevue, il revient sur son parcours, ses défis, ses motivations et sa vision de l’avenir, avec la même authenticité que celle qu’il met sur la gate avant chaque course.

Apprenez à le connaitre

1. Comment es-tu tombé dans la marmite du vélo?

J’ai découvert le BMX de course à mes 5 ans. À la base, je voulais faire de la motocross, mais ma mère m’a toujours dit que je devais apprendre à faire du vélo à deux roues avant. Elle m’a inscrit au BMX et je n’ai jamais arrêté à ce jour. Je n’ai même jamais fait de motocross non plus. J’aime autant ça qu’à mes débuts, pour d’autres raisons, mais ce sport-là a toujours été fun pour moi.

2. Qu’est-ce qui t’a amené au CNCB?

Comme j’habite juste à côté, c’était le club le plus proche, et ici à Bromont, il y a une belle piste de BMX qui a évolué à travers les années. J’ai vu quand ça venait de commencer. On a vraiment de beaux établissements et, honnêtement, c’est une des meilleures places où s’entraîner pour le BMX de course. C’est pour ça que je suis venu au CNCB.

3. Es-tu dans le Club CNCB-Bolt?

Oui. J’étais avec le club quand il s’appelait le Club de BMX Bromont, il est devenu BOLT dans les 5 dernières années. Ça a toujours été un très bon club, il intègre beaucoup les gens, c’est que du bon monde.

4. Qu’est-ce que tu trouves d’unique au CNCB?

Tu retrouves tous les sports cyclistes à une place. Tu peux autant avoir des athlètes de vélo de montagne, des cyclistes de route ou de vélodrome, des gens de BMX et de Dirt Jump. On est tous ici pour la même raison : on aime le vélo. C’est une place qui ramène tous les sports à un endroit, encore plus depuis le vélodrome intérieur. Tu peux t’entraîner avec toutes sortes de gens, c’est ça qui est nice.

Rémi Lemieux; L’athlète

5. C’est quoi un entrainement type dans ta discipline?

Tout ce qui est en dehors du vélo, ça va être de beaucoup travailler sur notre explosivité et notre puissance. On roule un 40 secondes à notre 100 %. Il faut être agile, car ce n’est pas juste la puissance. Donc, travailler beaucoup notre explosivité, tout ce qui est box jump et ces mouvements-là. Après ça, c’est faire des squats, avoir une bonne force et être en shape. Ensuite, sur le vélo, on pratique beaucoup nos départs, vu que c’est un mouvement décisif durant la course. Ça décide environ 75 % de ta course. Après, on travaille sur les autres aspects techniques comme être confortable sur le vélo et être capable de faire ce que l’on veut sur la pumptrack.

6. C’est quoi ton moment préféré durant une compétition?

Clairement, je pense que c’est quand je suis sur la gate. Tu ne penses à rien sauf à ta course. Ce n’est pas tout le monde qui aime ce sentiment-là d’avoir un vide dans la tête et juste d’avoir un focus. Sinon, aller en finale dans une course, c’est toujours un bon sentiment à avoir. C’est sûr que gagner aussi, ça en est un bon, surtout aux grosses courses. C’est une explosion d’émotions parce que tu travailles tellement fort pour ces résultats-là que, quand ça arrive, que tu perdes ou que tu gagnes, tu sais que tu as donné ton 100 %, et c’est ça l’important.

7. C’est quoi ta routine d’avant course?

Tout dépendamment de la course, si on court le matin, l’après-midi ou tout au long de la journée, j’ai différents rituels. Juste avant ma course, j’aime prendre de grandes respirations pour me calmer, et après ça, je m’étire. Avant de partir sur la gate, je me tape sur la tête pour me réveiller. C’est un petit rituel, mais à force de le faire, tu sais que quand tu arrives sur la gate, tu es prêt et tu sais ce qui fonctionne pour toi.

8. C’est qui la personne dans ton sport qui t’inspire?

Une personne que j’ai beaucoup looked up to quand j’étais jeune, c’était un athlète olympique de BMX qui s’appelle Connor Fields. Il a arrêté la course. Il fait plus des médias sociaux et des entrevues du côté américain. J’ai toujours aimé sa manière de penser et sa façon de rouler. C’est un excellent rider, et encore à ce jour, il m’inspire. Il y a aussi Izaac Kennedy, un Australien, qui est très fort dans notre sport. Je trouve que ce sont de bons exemples et ils ne sont pas tant vieux. Izaac fait encore des finales aux Olympiques, je trouve ça assez impressionnant. J’essaie de regarder ce qu’il y a de plus haut, mais rendu à notre niveau, on est proche de leur âge, donc c’est normal qu’on ait un peu moins d’idoles.

9. C’est quoi la collation que tu préfères avant une course?

J’ai un sponsor de pré-workout à base de sirop d’érable fait au Québec qui s’appelle Dust. Ça m’allume, et avec la bêta-alanine à l’intérieur, ça bloque tout ce qui est acide lactique. Quand je m’entraîne et que je consomme le gel, je sens vraiment moins la fatigue. Ça, c’est vraiment mon snack préféré avant une course, sinon un café aussi : j’aime mieux ça qu’une boisson énergisante. J’aime bien prendre des peanuts après un entraînement, sinon il y a toujours les Sour Patch Kids avant les courses.

10. Ça signifie quoi pour toi d’être ambassadeur au CNCB?

C’est de redonner à la prochaine génération. On est souvent un exemple pour les plus jeunes. Je coach aussi dans le club [CNCB Bolt] en remplaçant, donc je vois des jeunes grandir, et il y en a qui me voient comme le meilleur rider au monde. Pour moi, je sais que je ne suis pas le meilleur, mais pour eux, je suis un exemple. Donc, être ambassadeur, c’est redonner à la communauté et transmettre notre passion aux plus jeunes.

11. Comment est-ce que le sentiment d’être une inspiration ça te motive?

C’est une motivation, mais je fais aussi attention à ce que j’ai l’air pour être un bon exemple. Il y a beaucoup de gens qui, après une course, expriment de la frustration. Moi, j’essaie de toujours garder la tête haute et de ne pas réagir d’une manière froide. Ce qui se passe en course se passe en course, après il ne faut pas s’acharner sur notre sort. J’essaie d’être un bon exemple et j’aime sentir que j’inspire les gens à performer. C’est certain que c’est une motivation pour moi.

12. Comment est-ce qu’un jeune peut se lancer dans le BMX Race?

Essaye le sport de manière récréative. Tu n’as pas besoin de te lancer dans le sport compétitif dès la première année. Tu peux faire du BMX, compétitionner ou non, l’important c’est d’avoir du plaisir sur ton vélo. C’est une manière aussi de t’exprimer à travers ton vélo. Tout le monde a son propre style, personne ne roule de la même manière. Tant que tu as du plaisir à rouler sur ton vélo, tu devrais le faire. Moi, c’est ça qui m’a fait continuer encore à en faire, sinon je n’en ferais plus.

Les hauts… et les bas

13. As-tu déjà vécu une course particulièrement difficile ou décevante et comment tu t’en ai remis?

Récemment, durant les championnats canadiens, je n’ai pas eu les résultats que j’escomptais. Après m’être entraîné tout l’hiver, je suis tombé en début de saison à une course aux States. Je me suis cassé le radius et j’ai eu une commotion. J’ai eu le temps de revenir en début de saison, mais le côté mental était plus difficile. Après ça, je suis retombé deux semaines avant les championnats canadiens en me foulant le pouce. J’avais des douleurs constantes en roulant à vélo. Dès que j’avais un impact, ça me faisait une bonne douleur à la main. Je n’ai pas passé en finale pour la première fois depuis longtemps aux championnats canadiens. C’était quand même frustrant, vu que je sais que je suis capable d’être dans au moins le top huit. Ça m’a un peu démotivé à un certain point. Je ne savais pas si j’avais encore envie de courser. Je me suis dit que c’était une embûche parmi tant d’autres et qu’il va y avoir des hauts comme des bas. J’ai encore la même passion et j’ai retrouvé le plaisir à rouler sur mon vélo sans me faire mal, parce que quand tu roules avec des douleurs, ça paraît plus comme une tâche que du plaisir. J’ai retransformé ça en plaisir et j’ai recommencé à aimer le sport.

14. Disons qu’un jeune passe par la même embûche, qu’est-ce que tu lui conseillerais?

De ne pas voir juste le négatif. C’est un sport à risque, donc il faut comprendre qu’on fait ça pour le plaisir. Certains font ça pour le travail, mais si tu n’as pas de plaisir à le faire, ne le fais pas. Tout le monde vit le même risque en roulant sur une piste : que tu te blesses ou pas, tu dois te poser la question si tu veux vraiment continuer à faire ça. Si oui, prends-le au jour le jour, et attends d’être vraiment à 100 % pour rouler. Si tu roules à 50 % ou 80 % en sachant que tu as mal, tu sais que tu n’auras pas de plaisir à faire ce que tu fais. Je pense que prendre le temps de bien récupérer et, après ça, rembarquer sur le vélo, ça vaut vraiment plus la peine que d’essayer d’embarquer sur le vélo en sachant que tu es blessé. Prendre du recul et bien guérir, ça vaut plus la peine. Ta santé est là tout au long de ta vie; une course, tu vas en avoir une l’année prochaine.

La ligne d’arrivée

15. Tu te vois comment dans 5 ans côté vélo?

C’est sûr que dans 3 ans environ, il va y avoir les Olympiques et certains athlètes canadiens vont être sélectionnés. On a la chance d’avoir deux World Cups aux États-Unis, à Sarasota, pour les deux prochaines années. C’est sûr que ça va être un test pour voir comment ça va aller au niveau mondial. Ça sera une première pour moi. Ça va me donner une idée pour voir où je me situe et comment je vais voir ça. C’est sûr que je vais continuer de pousser pour atteindre mes objectifs. Côté vélo, dans cinq ans, je me vois encore compétitionner. Reste à voir si ça va être à haut niveau ou juste pour le plaisir, mais clairement, je vais encore être sur un vélo dans 5 ans.

16. C’est quoi tes prochains objectifs à court et long terme?

À long terme, c’est de m’améliorer de manière constante. Pas nécessairement un résultat, car chercher un résultat, tu peux facilement te faire avoir par des qualifications un peu plus tough, un bris mécanique, etc. J’essaie de gagner en constance dans mes résultats. Pas nécessairement un résultat, mais d’avoir du plaisir en coursant. Parfois, il y a une certaine pression qui vient se mettre parce que tu veux donner des résultats, mais ça n’adonne pas tout le temps. J’essaie vraiment de travailler sur ma constance, de continuer à avoir du plaisir à travers mes courses, même s’il va y en avoir des difficiles. Un de mes gros objectifs serait de faire les prochains 2-3 ans pour me qualifier pour les Olympiques. Si ça ne fonctionne pas, ça ne fonctionne pas. Sinon, à court terme, de m’entraîner pour être plus explosif, avoir de meilleures habitudes de vie, manger mieux, me concentrer sur mon sport et récupérer de mes anciennes blessures.

À travers son histoire, Rémi Lemieux rappelle que le BMX Race est un sport de passion, de persévérance et d’équilibre entre ambition et plaisir. Qu’il s’agisse de blessures, de déceptions ou de moments d’euphorie, il fait preuve d’une maturité et d’un respect du sport qui en disent long sur le champion qu’il devient, sur et hors de la piste. Pour les jeunes qui croisent sa route au CNCB, il demeure un exemple concret : celui d’un athlète qui avance malgré les obstacles et qui redonne à sa communauté. Et peu importe où la compétition le mènera dans les prochains années, une chose est certaine, Rémi sera toujours sur son vélo, animé par la même passion qui l’habite depuis ses débuts.

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