20Mar

Ça roule avec Kevin Fabregue

Originaire de France et maintenant basé à Montréal, Kevin Fabregue est un athlète professionnel en BMX freestyle et ambassadeur au Centre National de Cyclisme de Bromont. Présent régulièrement au CNCB pour s’entraîner et partager sa passion, Kevin fait partie de ces athlètes qui repoussent les limites de leur discipline tout en contribuant à faire grandir la communauté. Dans cette entrevue, il revient sur ses débuts dans le monde du vélo, explique ce qui le motive encore aujourd’hui à rouler jour après jour et partage sa vision d’un sport où la progression, le plaisir et la liberté occupent une place centrale.

Des débuts en vélo à la découverte du BMX

1. Peux-tu te présenter en quelques mots : ton nom, ton rôle au CNCB et d’où tu viens ?

Salut, moi c’est Kevin Fabregue, je suis athlète professionnel en BMX freestyle, j’habites à Montréal, je viens de France, puis je roule souvent ici au Centre National de Cyclisme de Bromont.

2. Comment es-tu tombé dans le monde du vélo ?

Je suis tombé dans le monde du vélo officiellement quand j’avais 10-11 ans, mais j’ai commencé à faire du vélo très jeune. Vers 2-3 ans, je faisais déjà du vélo. J’ai commencé avec le cross-country vers 10-11 ans, je faisais des compétitions provinciales. Mais après quelques années, ce qui m’intéressait le plus, c’était sauter, puis j’étais un peu tanné de monter les montagnes, j’avais hâte de les descendre, d’arriver dans la section avec les bosses. Puis j’ai demandé à mes parents un BMX, mais c’est arrivé beaucoup plus tard. C’est plus vers 13 ans que j’ai eu mon premier BMX puis que j’ai commencé à juste faire ça pour le fun.

3. Pourquoi avoir choisi le BMX, et qu’est-ce qui te passionne le plus dans ce sport ?

J’ai choisi le BMX parce que c’est un sport où tu peux te donner des défis à chaque jour, il y a tout le temps quelque chose de plus à apprendre, c’est infini. Aujourd’hui, ça fait plus de 15 ans que je fais du BMX pratiquement chaque jour, puis je suis loin d’être rendu où j’ai envie d’être, puis il y a toujours des trucs dans ma tête que j’ai le goût d’apprendre, donc c’est comme sans fin, la progression n’arrête pas. Puis, il y a plein d’axes à travailler dans ce sport-là. Ça peut être d’aller plus haut, d’être fluide, d’avoir le même truc mais de mieux l’exécuter, c’est vraiment ça que j’aime. Aussi, c’est quand même artistique comme sport, ça reste que c’est du visuel, c’est quelque chose qu’on fait en l’air, c’est quelque chose qui m’attire.

Un parcours guidé par la progression et la passion

4. Qu’est-ce qui te motive encore à rouler et à t’entraîner jour après jour ?

Au début, c’était juste d’apprendre des trucs, puis aller rouler avec mes amis. Je pense que c’était juste de faire quelque chose de différent qui me motivait. Aujourd’hui, j’ai 30 ans, c’est sûr que la motivation est différente. Ce sont surtout les compétitions qui me motivent à continuer à m’entraîner parce que j’ai un objectif ou quelque chose que je me fixe. Donc je pense que la compétition, en ce moment, c’est ça qui me motive le plus, mais aussi de juste mettre mon sport de l’avant d’une belle façon, de le montrer aux plus jeunes. Je pense que plus je vieillis, plus j’ai du plaisir à voir les jeunes en faire puis progresser, s’amuser, ça me donne le même feeling que quand moi j’apprends.

5. Qu’est-ce que le BMX Freestyle t’apporte que tu ne retrouves pas ailleurs?

Le sentiment de réussite, d’avoir des objectifs, de les atteindre, de s’en mettre des nouveaux, mais aussi le sentiment de liberté. C’est sûr que le fait d’être un athlète professionnel en BMX, ça me permet de me lever le matin et d’aller faire du vélo. Pour moi, c’était un rêve quand j’étais jeune.

6. Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir ambassadeur au CNCB ?

Honnêtement, c’est venu assez organiquement. Quand le centre a ouvert, je suis venu voir, on a vu qu’il y avait une zone de libre, on a proposé qu’il y ait un park là, donc ça a commencé de même. On a mis la petite graine pour que ça devienne un bol qui était dans la section qui n’était pas utilisée au centre. Donc par la suite, on était les seuls athlètes pros au Québec à faire ça et c’est venu tout seul, on est devenus ambassadeurs parce que le centre nous l’a demandé. Pour moi, c’est un privilège de représenter un centre comme ça qui représente tous les sports cyclistes. Pendant longtemps, ça n’a pas été un sport qui était vraiment dans les sports cyclistes. C’est un sport qui est plus marginal, urbain, donc ça a moins rapport avec la piste ou du BMX race ou du vélo de route, du mountain bike. Le BMX freestyle, c’est dans sa catégorie. Donc c’est cool d’être avec tous les autres sports cyclistes, puis les autres athlètes nous voient s’entraîner puis se disent : « OK, c’est la même chose que nous, les gars sont là à chaque jour, ils vont au gym, ils font ci ça ça. » Donc c’est vraiment cool de pouvoir vivre et d’être dans un environnement comme ça.

7. Selon toi, qu’est-ce qui rend le CNCB unique?

Moi, je pense que c’est la variété de disciplines qu’il y a dans un même centre. Il n’y a aucun autre centre dans le monde où, dans la même bâtisse, il y a une pumptrack, donc des jeunes qui apprennent à pousser sur des push-bike, des plus vieux qui font des tours de pumptrack pour être les plus rapides possible. Du monde qui fait de la piste, soit des amateurs ou des pros. Un bol avec des gens qui font du freestyle. Des personnes de mountain bike qui viennent peaufiner leur agilité sur la zone freestyle pendant l’hiver. Il y a un gym, des cours de PowerWatts, il y a tout ce qu’il faut sous le même toit, c’est ça qui rend le centre unique. Puis tout le monde qui se côtoie, qui pratique son sport en harmonie. Si tu fais du freestyle, tu vois du monde tourner autour de toi, c’est cool, c’est vraiment fou, il n’y a pas ça nulle part ailleurs.

Partager le BMX et inspirer la relève

8. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans cette édition du camp freestyle?

C’est de voir à quel point tous les jeunes qui étaient là, qui viennent d’endroits différents un peu partout au pays, on avait un jeune de Toronto, des jeunes d’Ottawa, des jeunes d’ici, des jeunes de Montréal. Ils n’ont pas tous le même niveau, mais ils ont tous la même passion, le BMX. De voir à quel point ils étaient capables, avec des objectifs complètement différents, de progresser ensemble et de s’aider. Même celui qui était le meilleur aidait celui qui était le moins avancé dans ses objectifs, pour moi, c’est la meilleure chose à voir. La différence entre le BMX et d’autres sports, c’est que tu peux arriver au parc et rouler avec un olympien ou un athlète pro, alors que toi ça fait deux semaines que tu as acheté ton BMX. Ça n’arrivera jamais au tennis que tu arrives sur un court et que tu joues avec un top joueur. Tu vas juste être là avec du monde de ton niveau. Mais en BMX, dans un skatepark, tu peux tomber sur n’importe qui et apprendre quelque chose en même temps que quelqu’un d’autre. Je trouve que c’est un des plus beaux aspects de notre sport. Et dans le camp, ça m’a juste montré encore plus ce qu’est ce sport-là. C’est un sport individuel, mais tout le monde progresse en équipe et c’est la plus belle chose à avoir.

9. Selon toi, qu’est-ce que les jeunes retirent vraiment de cette expérience?

Moi, je garde vraiment ça axé sur le plaisir, parce que c’est un sport qui est dangereux et plus tu vieillis, plus tu es conscient des blessures et tout ça. Donc si tu n’as pas de fun à le faire, c’est un sport que tu vas arrêter. Parce qu’à un moment donné, tu vas juste te rendre compte que : « Si je veux progresser, faut que je prenne des risques. » Donc si, en plus de ça, tu n’as pas de fun parce que tu te mets trop de pression, trop d’objectifs qui n’ont pas de sens, dans la longévité ça ne marchera pas. Donc moi, la première chose que je veux leur apprendre, c’est de garder ça le fun. Faut y aller étape par étape, puis je pense que c’est ça que les jeunes ont retenu du camp.

10. Y a-t-il un moment dont tu es particulièrement fier dans ton parcours ?

Il y en a plein, mais le plus récent c’était en 2024, juste avant les Jeux olympiques. En fait, pour aller aux Jeux olympiques en BMX freestyle, c’est super compliqué, puis moi je roule pour la France et il y a le meilleur athlète mondial qui roule pour la France et il y avait qu’une place pour la France. Mais pour se rendre aux Jeux olympiques, il y avait un processus : il fallait se qualifier aux Olympic Qualifier Series. Puis en 2022-2023, j’ai réussi à me qualifier pour 2024, donc j’ai pu faire les qualifications olympiques, aller à Shanghai et Budapest pour faire ça. Donc le truc le plus récent dont je suis fier, je pense que c’est ça. C’était quelque chose qui était dans mes objectifs, puis d’être le 2e Français à ce moment-là, puis d’avoir réussi à faire ça, c’était quelque chose de gros que j’ai réussi à faire dans ma carrière. Mais sinon, c’est juste de pouvoir faire du vélo, me lever le matin, juste faire ça de ma vie, faire des spectacles, pouvoir transmettre aux jeunes, c’est quelque chose qui aujourd’hui me rend aussi super fier.

11. Si tu devais résumer le BMX en trois mots, lesquels choisirais-tu ?

Je vais dire liberté en premier, c’est le plus facile, dépassement, puis plaisir. C’est vraiment simple plaisir, mais sans plaisir je ne ferais pas de BMX.

À travers son parcours et son engagement dans le BMX freestyle, Kevin Fabregue incarne une vision du sport où la progression, la liberté et le plaisir vont de pair. Que ce soit en compétition, lors de démonstrations ou à travers les camps qu’il anime, il contribue à faire découvrir et évoluer le BMX auprès de la nouvelle génération. Par son approche accessible et sa passion contagieuse, Kevin rappelle que derrière chaque figure et chaque saut se cache avant tout une passion qui se partage.

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